mardi 9 février 2010

L'éclat de rire du jour au "Canard Enchaîné" !

M. Bernard-Henry Lévy (BHL) a cité le livre d'un auteur fantôme, dans son dernier bouquin encensé par la presse, et qui vient tout juste de paraître :"De la guerre en philosophie"(page 122). Il s'est même servi de cet écrivain fantôme et de sa fantomatique "série de conférences aux Néo-kantiens du Paraguay(sic)" dans une conférence qu'il a donnée devant les futurs profs-agrégés de l'Ecole Normale Supérieure, de la rue d'Ülm, le 6 avril 2009, qui n'ont vu que du feu...
Or l'auteur de ce Jean-Baptiste Botul qui n'existe pas, et par conséquent, de son oeuvre qui est un canular, est un authentique journaliste-philosophe, facétieux et rigolard : Frédéric Pagès du Canard Enchaîné...

Si vous voulez en savoir plus lisez LE CANARD ENCHAINE du 10 février 2010.

jeudi 4 février 2010

Les Sirènes de Bagdad, de Yasmina Khadra, Julliard Edit. 2006

Un style de "Titi parisien", avec des phrases à l'emporte-pièce, une sorte de "Bigard"
du roman. Un rythme soutenu toujours dans la même veine avec des personnages violents,
passionnés, des événements brutaux, une guerre cynique entre désert, pistes, routes carrossables, et Bagdad en délire.
Partout la mort rôde avec la misère, le fanatisme, l'incompréhension d'un monde pour un autre, les valeurs patriarcales jusqu'à la souffrance de la honte ultime du personnage principal, un jeune bédouin qui lors d'une perquisition brutale d'une unité américaine, voit : je cite " Mon père tomba à la renverse, son misérable tricot sur la figure, le ventre décharné, fripé, grisâtre comme celui d'un poisson crevé... et je vis, tandis que l'honneur de la famille se répandait par terre, je vis ce qu'il ne me fallait pas voir, ce qu'un Bédouin authentique ne doit jamais voir -cette chose ramollie, repoussante, avilissante; ce territoire interdit, tu, sacrilège :le pénis de mon père rouler sur le côté, les testicules par-dessus le cul... Le bout du rouleau ! Après cela, il n'y a rien, un vide infini, une chute interminable, le néant..." fin de citation (P.139 de l'Ed.Loupe).
Cette vision le fera fuir de chez son père pour aller le venger à Bagdad, puis Beyrouth, où il sera choisi pour être le "transporteur", pour l'Angleterre, d'un virus mortel. Il n'ira pas jusqu'au bout de son dessein. Citation de Chaker, son ami :" Je vais te dire un secret,mon brave. Garde-le pour toi. Je hais l'Occident comme c'est pas possible. Mais à bien réfléchir, tu as bien fait de ne pas prendre cet avion. Ce n'était pas une bonne idée." P. 399.
Hermès.

lundi 1 février 2010

D'autres couleurs de Orhan Pamuk, Gallimard "essais" 554 pages, 2009

Ce livre est très intéressant à l'heure où la Turquie frappe à la porte de l'Europe. Il montre toute la fascination qu'exerce la France et l'Occident avec leur littérature, leur mode de vie, les libertés individuelles, la démocratie, leurs films, leurs avancées technologiques etc. sur les autres peuples du monde.L'auteur a écrit une trentaine de livres dont plusieurs ont été des best-sellers en Turquie et dans le monde, et certains primés. Pour couronner son oeuvre, le Prix Nobel lui a été décerné en 2006.
Du haut d'une fenêtre sur le Bosphore, il contemple la rive orientale ou asiatique d'Istambul, qu'un gigantesque pont aujourd'hui relie à la rive européenne, et il soupèse le poids des blocages, des interdits, des coutumes qui entravent la vie de ses concitoyens. L'Empire Ottoman après la prise de Constantinople en 1453, a jeté sa machine de guerre pour conquérir toute l'Europe et imposer sa domination. On sait que cette ambition a été brisée à Lépante, Vienne, Navarin. Pendant que l'Europe grâce à ses chercheurs, ses littérateurs, ses savants, ses explorateurs, ses conquistadores se projetait vers l'avenir, la monarchie ottomane s'entourait d'interdits, de complaisantes facilités, et restait rivée au Moyen-âge, tant pour les arts(peinture, sculpture, musique),la littérature que pour la technique.
Aujourd'hui, le carcan du passé pèse sur le présent, et certains de ses compatriotes
ne rêvent que d'entrer dans l'Europe pour bouleverser leur mode de vie, et redonner souffle à leur pays. Mais les pesanteurs sont là. Une grande partie de la population
des rives méditerranéennes à l'Anatolie craint d'y perdre son âme. D'où un débat déchirant.
Orhan Pamuk au fil des pages décrit très bien cet amour-répulsion entre l'Occident et
l'Orient.
Décrivant le présent en ne tenant compte que:
du fondement de la Turquie moderne sur les restes de l'Empire ottoman, et de l'Occident du XVI° au XXI siècle,
il ne peut qu'"oublier" ou omettre, les fondements de cet Occident, qui plonge ses racines mille ans avant l'ère chrétienne, s'appropriant sans complexe les acquis éblouissants des peuples antiques,Sumériens,Akkadiens, Egyptiens du temps des Pharaons, etc.
Ce livre est une oeuvre très attachantes de cet auteur des "Deux rives."
J'ajoute qu'il y a des pages éclairantes sur son travail d'écrivain, sur sa vie familiale, sur les oeuvres qui ont "construit" sa personnalité, comme ses réflexions sur "La Chartreuse de Parme" : "J'étais étreint par une intense émotion..."
Hermès

mercredi 27 janvier 2010

Jan Karski, de Yannick Haenel, Gallimard, 187 pages, 2009

L'auteur a écrit sur la couverture "Roman", mais ce livre est plus qu'un roman. C'est à partir d'un livre de mémoire intitulé "Histoire d'un Etat secret" publié en 1948, puis réédité en 2004 sous le titre "Mon témoignage devant le monde", un mélange de réflexions, de rectifications et pour une part d'invention littéraire sur le rôle qu'a joué un officier polonais catholique et résistant, Jan Karski,de son vrai nom :Jan Kozielewski, pour tenter d'alerter les hautes instances Alliées sur le génocide des Juifs en Pologne occupée.
Etant donné qu'il y avait ce témoignage de Jan Karski lui-même, et un livre sur des épisodes de sa vie et des missions qu'il avait menées :"Karkski, How One Man Tried to stop the Holocaust" de E.Thomas Wood et Stanislas Jandowski(1994), je me suis demandé pourquoi un tel livre ? D'autant qu'avec "Nuit et Brouillard"," Shoa"(Anéantissement) de Claude Lanzmann, ainsi qu'avec les documents filmés de l'Armée américaine à la libération des camps nous sommes très informés sur cette effroyable et monstrueuse tragédie.
C'est à la page 179 que je pense l'avoir compris.
Yannick Haenel a été étonné que dans les neuf heures de projection que dure "Shoah", seules ont été choisies quarante minutes sur les huit heures du témoignage de Jean Karski, et que dans ces quarante minutes, je cite le texte du roman de Yannick Haenel :"...le film ne faisait aucune mention de mes efforts pour sauver les Juifs, ce qui changeait complètement le sens de mon intervention. Claude Lanzmann n'avait gardé que le récit de ma visite dans le ghetto : rien sur mes tentatives pour transmettre le message des Juifs aux Alliés, rien sur l'indifférence de l'Amérique(entrevue avec le Président Roosevelt du 28 juillet 1943)."... puis : "Tous ceux qui ont vu "Shoah" se souviennent de cette séquence où l'on voit un paysan polonais, très content de lui, qui raconte à Claude Lanzmann qu'à l'époque il regardait passer les trains de Juifs en faisant, avec le pouce le geste de l'égorgement. Beaucoup de spectateurs ont associé l'ensemble des Polonais au geste de cet abruti. ...on oublie que la Pologne était occupée par les nazis et les staliniens... On oublie également que, malgré cela,la Résistance et le gouvernement polonais en exil ont tout fait pour informer le Alliés de l'extermination des Juifs. ...Ce n'est pas la Pologne qui a abandonné les Juifs, ce sont les Alliés..."
Yannick Haenel, dans son roman, a tenté de se glisser dans la peau de Jan Karski, et a imaginé qu'il a souffert du silence fait, dans le film, à son héroïsme, à sa vaillance, à la souffrance indicible du peuple polonais mêlé intimement à celle de ses compatriotes juifs, et a voulu l'exprimer à sa manière avec une sorte de sourde véhémence, des répétitions appuyées et lourdes, peut-être dans une fureur étouffante.
Un livre tragique, sur une époque effrayante.

Faisant suite au commentaire de Juan Asensio, j'ajoute que j'ai été très éclairé par les critiques de Azimierz Pawelek sur ce livre. Critiques publiées sur l'estimable site : stalker.hautefort.com/archive.
Le lecteur pourra s'y porter pour compléter son information.

Ainsi que: le 5 février 201O/
L'Express dans son N° 3057 de cette semaine, publie la traduction d'une interview de
Jan Karski, lui-même, parue en 1985 dans la revue polonaise KULTURA, et traduite en France dans la revue ESPRIT, dans laquelle Jan Karski dit, je cite :"D'une interview de huit heures, je n'ai vu à l'écran qu'un extrait de quarante minutes environ. Il y est question des souffrances des Juifs du ghetto et des appels au secours adressés désespérément par leurs dirigeants clandestins aux gouvernements occidentaux. Pour des raisons évidentes de temps et de cohérence, M.Lanzmann n'a pu insérer la partie à mon sens la plus importante de l'interview, qui se rapporte à la mission que j'ai effectuée à la fin de 1942(lorsque) j'avais réussi à rendre compte à Anthony Eden et au président Roosevelt de la détresse des Juifs et de leurs demandes pressantes de secours(...) Shoah par son autolimitation appelle un autre film." fin de citation.
Hermès

vendredi 22 janvier 2010

La barque silencieuse de Pascal Quignard, 238 pages,le Seuil Editions 2009

Un livre funèbre.
Pascal Quignard porte en lui les horreurs d'une éducation religieuse tournée toute entière sur l'attente de la mort. Il se complaît dans des écrits déterrés des fonds de bibliothèque des abbayes où ils dormaient. Dans un style alambiqué pour faire Grand Siècle (Bossuet,Fénelon,Massillon etc.)il raconte des histoires funèbres, soliloque sur la vie d'"avant", celle qu'inconscients nous menions à l'état foetal, sur le néant etc.
Il glisse chapitre après chapitre, du néant à la liberté totale de soi, de la religiosité ou de la foi à un athéisme incertain.
Dans un salmigondis proche du pathos il passe des penseurs grecs aux Pères de l'Eglise, des extraits paroissiaux des XV/XVI° siècles des fossoyeurs parisiens, des contes et légendes pêchés de ci de là, à des expériences personnelles douloureuses.
Ce n'est pas une oeuvre créatrice, ce ne sont que des pages copiées-collées de réflexions et d'humeurs écrites au fil de lectures noyées dans la désespérance.
L'auteur prône la lecture, mais porte le lecteur dans un univers morbide.
Pour rendre compte du livre, j'ai dû me contraindre avec force.
Pascal Quignard y traverse à chaque ligne l'Achéron sur la barque fatale en invoquant les grandes ombres du passé.
Un écrit proche du pédantisme.
Hermès

vendredi 4 décembre 2009

Eloge de Périclès en -431 av-JC pour les guerriers morts au combat. Ext. de Thucydide

Périclès ( -461- -399) prononce en -431 une oraison funèbre en l'honneur des guerriers morts au combat. Il fait également l'éloge d'Athènes, de ses institutions et des ses héros ("ils ont la terre entière pour tombeaux"). Voici pourquoi, selon Périclès, Athènes est un exemple à suivre pour la Grèce et même pour l'humanité tout entière:
"Pour faire l'éloge des premières victimes, ce fut Périclès, fils de Xanthippos, qui fut choisi. Le moment venu, il s'éloigna du sépulcre, prit place sur une estrade élevée à dessein, pour que la foule pût l'entendre plus facilement, et prononça le discours suivant :
XXXV. - « La plupart de ceux qui avant moi ont pris ici la parole ont fait un mérite au législateur d'avoir ajouté aux funérailles prévues par la loi l'oraison funèbre en l'honneur des guerriers morts à la guerre. Pour moi, j'eusse volontiers pensé qu'à des hommes dont la vaillance s'est manifestée par des faits, il suffisait que fussent rendus, par des faits également, des honneurs tels que ceux que la république leur a accordés sous vos yeux; et que les vertus de tant de guerriers ne dussent pas être exposées, par l'habileté plus ou moins grande d'un orateur à trouver plus ou moins de créance. Il est difficile en effet de parler comme il convient, dans une circonstance où la vérité est si difficile à établir dans
les esprits. L'auditeur informé et bienveillant est tenté de croire que l'éloge est
insuffisant[...]
XXXVI.- « Je commencerai donc par nos aïeux. Car il est juste et équitable, dans de telles circonstances, de leur faire l'hommage d'un souvenir. Cette contrée, que sans interruption ont habitée des gens de même race est passée de mains en mains jusqu'à ce jour, en sauvegardant grâce à leur valeur sa liberté. Ils méritent des éloges; mais nos pères en méritent davantage encore. A l'héritage qu'ils avaient reçu, ils ont ajouté et nous ont légué, au prix de mille labeurs, la puissance que nous possédons. Nous l'avons accrue, nous qui vivons encore et qui sommes parvenus à la pleine maturité. C'est nous qui avons mis la cité en état de se suffire à elle-même en tout dans la guerre comme dans la paix[...]
XXXVII. - Notre constitution politique n'a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins; loin d'imiter les autres, nous donnons l'exemple à suivre. Du fait que l'Etat, chez nous, est administré dans l'intérêt de la masse et non d'une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. En ce qui concerne les différends particuliers, l'égalité est assurée à tous par les lois; mais en ce qui concerne la participation à la vie publique, chacun obtient la considération en raison de son mérite, et la classe à laquelle il appartient importe moins que sa valeur personnelle; enfin nul n'est gêné par la pauvreté et par l'obscurité de sa condition sociale, s'il peut rendre des services à la cité. La liberté est notre règle
dans le gouvernement de la république et dans nos relations quotidiennes la suspicion n'a aucune place; nous ne nous irritons pas contre le voisin, s'il agit à sa tête; enfin nous n'usons pas de ces humiliations qui, pour n'entraîner aucune perte matérielle, n'en sont pas moins douloureuses par le spectacle qu'elles donnent. La contrainte n'intervient pas dans nos relations particulières; une crainte salutaire nous retient de transgresser les lois de la république; nous obéissons toujours aux magistrats et aux lois et, parmi celles-ci, surtout à celles qui assurent la défense des opprimés et qui, tout en n'étant pas codifiées,
impriment à celui qui les viole un mépris universel [...]
XLI. - « En un mot, je l'affirme, notre cité dans son ensemble est l'école de la Grèce et, à considérer les individus, le même homme sait plier son corps à toutes les circonstances avec une grâce et une souplesse extraordinaires. Et ce n'est pas là un vain étalage de paroles, commandées par les circonstances, mais la vérité même; la puissance que ces qualités nous ont permis d'acquérir vous l'indique. Athènes est la seule cité qui, à l'expérience, se montre supérieure à sa réputation; elle est la seule qui ne laisse pas de rancune à ses ennemis, pour les défaites qu'elle leur inflige, ni de mépris à ses sujets pour l'indignité de leurs maîtres.
« Cette puissance est affirmée par d'importants témoignages et d'une façon éclatante à nos yeux et à ceux de nos descendants; ils nous vaudront l'admiration, sans que nous ayons besoin des éloges d'un Homère ou d'un autre poète épique capable de séduire momentanément,mais dont les fictions seront contredites par la réalité des faits. Nous avons forcé la terre et la mer entières à devenir accessibles à notre audace, partout nous avons laissé des monuments éternels des défaites infligées à nos ennemis et de nos victoires. Telle est la cité dont, avec raison, ces hommes n'ont pas voulu se laisser dépouiller et pour laquelle ils ont péri courageusement dans le combat; pour sa défense nos descendants consentiront à tout souffrir[...]
XLIII. - «C'est ainsi qu'ils se sont montrés les dignes fils de la cité. Les survivants peuvent bien faire des voeux pour obtenir un sort meilleur, mais ils doivent se montrer tout aussi intrépides à l'égard de l'ennemi; qu'ils ne se bornent pas à assurer leur salut par des paroles. Ce serait aussi s'attarder bien inutilement que d'énumérer, devant des gens parfaitement informés comme vous l'êtes, tous les biens attachés à la défense du pays. Mais plutôt ayez chaque jour sous les yeux la puissance de la cité; servez-la avec passion et quand vous serez bien convaincus de sa grandeur, dites-vous que c'est pour avoir pratiqué l'audace, comme le sentiment du devoir, et observé l'honneur dans leur conduite que ces guerriers la lui ont procurée. Quand ils échouaient, ils ne se croyaient pas en droit de
priver la cité de leur valeur et c'est ainsi qu'ils lui ont sacrifié leur vertu comme la plus noble contribution. Faisant en commun le sacrifice de leur vie, ils ont acquis chacun pour sa part une gloire immortelle et obtenu la plus honorable sépulture. C'est moins celle où ils reposent maintenant que le souvenir immortel sans cesse renouvelé par les discours et les commémorations. Les hommes éminents ont la terre entière pour tombeau. Ce qui les signale à l'attention, ce n est - pas seulement dans leur patrie les inscriptions funéraires gravées sur la pierre; même dans les pays les plus éloignés leur souvenir persiste,à défaut d'épitaphe, conservé dans la pensée et non dans les monuments. Enviez donc leur sort, dites-vous que la liberté se confond avec le bonheur et le courage avec la liberté et ne regardez pas avec dédain les périls de la guerre. Ce ne sont pas les malheureux, privés de
l'espoir d'un sort meilleur, qui ont le plus de raisons de sacrifier leur vie, mais ceux qui de leur vivant risquent de passer d'une bonne à une mauvaise fortune et qui en cas d'échec verront leur sort complètement changé. Car pour un homme plein de fierté, l'amoindrissement causé par la lâcheté est plus douloureux qu'une mort qu'on affronte avec courage, animé par l'espérance commune et qu'on ne sent même pas. [...]
Thucydide,Les Guerres du Péloponnèse 2, chapitres 34-46, Editions GF, pp132-139

mercredi 2 décembre 2009

Le Lys dans la vallée, d'Honoré de Balzac, 1836

Le roman de la noire hypocrisie. Félix beau jeune homme promis à un bel avenir tombe fou amoureux sur un irrésistible "baiser volé" sur le cou d'une ravissante inconnue lors d'une réception pour le passage du duc d'Angoulême à Tours. Il retrouve la belle inconnue, la comtesse Mortsauf mariée à un vieil aristocrate irascible et stupide. Ceux-ci l'accueillent dans leur château de Clochegourde(sic)pas loin d'Azay-le-Rideau, en Touraine. Descriptions majestueuses de ce pays où Balzac est né et dont il restitue les odeurs et les bruits avec passion. La comtesse est baptisée "Henriette" par le jeune homme. Ce qui est étrange c'est que le mari ne "voit" pas l'attachement sentimental qui unit sa femme et Félix, ou complaisant et cynique, feint de ne rien voir car, mère de deux enfants, confite en religion,il devine qu'elle s'abandonne au plaisir délectable de ne pas céder à la passion charnelle qui la mine, et joue au sublime sacrifice.
Félix n'insiste pas trop,et rencontre Arabelle, Lady Dudley,dans les salons de la Cour, et découvre avec elle l'amour physique total. Mais son coeur reste attaché à Henriette qui apprend cette liaison et en est bouleversée.
Arabelle à Félix:
"-Je ne te reproche pas tes goûts, tu en aurais de plus dépravés que celui-ci, je tâcherais de m’y conformer ; car je veux te faire trouver près de moi tout ce que tu aimes : plaisirs d’amour, plaisirs de table, plaisirs d’église, bon claret et vertus chrétiennes. Veux-tu que je mette un cilice ce soir ? Elle est bien heureuse cette femme, de te servir de la morale ! Dans quelle université les femmes françaises prennent-elles leurs grades ? je ne puis que me donner, je ne suis que ton esclave-" p.321.
Balzac dépeint avec profondeur et génie une drôle d'époque où les femmes étaient considérées comme des pécheresses innées, ainsi cette phrase de la page 360 : "Les flots de l'air adouci jetèrent par ondées les tintements qui nous annonçaient qu'à cette heure la chrétienté tout entière répétait les paroles dites par l'ange à la femme qui racheta les fautes de son sexe. Ce soir l'Ave Maria..."
Les acteurs de la Comédie Humaine comme l'abbé Birotteau rôdent déjà là.
Une oeuvre ample, profonde, d'une écriture superbe, une richesse d'invention à chaque ligne.
Balzac a écrit puis corrigé, puis ajouté des passages, et ceci pendant près de huit ans de 1836 à 1844.

Henry Zaphiratos