mardi 21 janvier 2020

La Montagne Magique, de Thomas Mann, Essai, nouvelle traduction de Marie Darrieussecq - Fayard Edit..

Première Edition 1924.


Quatrième de couverture: Un jeune homme, Hans Castorp, se rend de Hambourg, sa ville natale, à Davos, en Suisse, pour passer trois semaines auprès de son cousin en traitement dans un sanatorium. Pris dans l'engrenage étrange de la vie des "gens de là-haut" et subissant l'atmosphère envoûtante du sanatorium, Hans y séjournera sept ans, jusqu'au jour où la Grande Guerre, l'exorcisant, va le précipiter sur les champs de bataille.


Extraits:

"- Peut-on raconter le temps en lui-même, comme tel en soi ? Non, en vérité, ce serait une folle entreprise. Un récit, où il serait dit : " Le temps passait, il s'écoulait, le temps suivait son cours " et ainsi de suite, jamais un homme sain d'esprit ne le tiendrait pour une narration. Ce serait à peu près comme si l'on avait l'idée stupide de tenir pendant une heure une seule et même note, ou un seul accord, et si l'on voulait faire passer cela pour de la musique. Car la narration ressemble à la musique en ce qu'elle " accomplit " le temps, qu'elle " l'emplit convenablement ", qu'elle le " divise ", qu'elle fait en sorte qu' " il s'y passe quelque chose " (...). Le temps est l'élément de la narration comme il est l'élément de la vie : il y est indissolublement lié, comme aux corps dans l'espace.

- Rien n’est plus douloureux que lorsque la partie animale, organique de nous-même, nous empêche de servir la raison

- L'habitude est une somnolence, ou tout au moins un affaiblissement de la conscience du temps

- Quelques heures après le coucher du soleil, il faisait sept ou huit degrés au-dessous de zéro. Le monde semblait voué à une pureté glacée, sa malpropreté naturelle semblait cachée et figée dans le rêve d'une fantastique magie macabre.

- Il y a toutes sortes de bêtises, et l'intelligence n'est pas la meilleure d'entre elles.

- N’est-ce pas bon et grand que la langue ne possède qu’un mot pour tout ce que l’on peut comprendre sous ce mot, depuis le sentiment le plus pieux jusqu’au désir de la chair ? Cette équivoque est donc parfaitement « univoque », car l’amour le plus pieux ne peut être immatériel, ni ne peut manquer de piété. Sous son aspect le plus charnel, il reste toujours lui-même, qu’il soit joie de vivre ou passion suprême, il est la sympathie pour l’organique, l’étreinte touchante et voluptueuse de ce qui est voué à la décomposition. Il y a de la charité jusque dans la passion la plus admirable ou la plus effrayante. Un sens vacillant ? Eh bien, qu’on laisse donc vaciller le sens du mot « amour ». Ce vacillement, c’est la vie et l’humanité, et ce serait faire preuve d’un manque assez désespérant de malice que de s’en inquiéter.

- L'individu peut envisager toute sorte de buts personnels, de fins, d'espérances, de perspectives où il puise une impulsion à de grands efforts et à son activité, mais lorsque l'impersonnel autour de lui, l'époque elle-même, en dépit de son agitation, manque de buts et d'espérances, lorsqu'elle se révèle en secret désespérée, désorientée et sans issue, lorsqu'à la question, posée consciemment ou inconsciemment, mais finalement posée en quelque manière, sur le sens suprême, plus que personnel et inconditionné, de tout effort et de toute activité, elle oppose le silence du vide, cet état de choses paralysera justement les efforts d'un caractère droit, et cette influence, par-delà l'âme et la morale, s'étendra jusqu'à la partie physique et organique de l'individu. Pour être disposé à fournir un effort considérable qui dépasse la mesure de ce qui est communément pratiqué, sans que l'époque puisse donner une réponse satisfaisante à la question《à quoi bon?》, il faut une solitude et une pureté morales qui sont rares et d'une nature héroïque, ou une vitalité particulièrement robuste.

- Deux journées de voyage éloignent l’homme de son univers quotidien, de tout ce qu’il regarde comme ses devoirs, ses intérêts, ses soucis, ses espérances ; elles l’en éloignent infiniment plus qu’il n’a pu l’imagine dans le fiacre qui le conduisait à la gare. L’espace qui, tournant et fuyant, s’interpose entre lui et son lieu d’origine, développe des forces que l’on croit d’ordinaire réservées à la durée. D’heure en heure, l’espace détermine des transformations intérieures, très semblables à celles que provoque la durée, mais qui, en quelque manière , les surpassent.
A l’instar du temps, il amène l’oubli ; mais il le fait en dégageant la personne de l’homme des ses contingences, pour la transporter dans un état de liberté initiale ; il n’est pas jusqu’au pédant et au philistin dont il ne fasse en un tournemain quelque chose comme un vagabond. Le temps, dit-on, c’est le Léthé. Mais l’air du lointain est un breuvage tout pareil, et si son effet est moins radical, il n’en est que plus rapide."



vendredi 17 janvier 2020

Les Voraces, l'élite et l'argent sous Macron de Vincent Jauvert - Enquête- Robert Laffont Edit. 19€

Note de l'éditeur :
"Jamais sous la Ve République les élites qui dirigent notre pays n'ont été aussi riches et obnubilées par l'argent.
Jamais autant de hauts fonctionnaires n'ont pantouflé à prix d'or dans le privé.
Jamais autant de ministres n'ont été multimillionnaires.
Jamais autant de responsables politiques, et non des moindres, ne sont devenus lobbyistes ou avocats d'affaires...
Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi la situation a-t-elle empiré sous Macron ?
Après deux ans d'enquête et grâce à une quarantaine de témoignages inédits, Vincent Jauvert révèle les moeurs de ces élites si voraces qui ont pris le pouvoir dans le sillage du nouveau président de la République. Il décrit leur course à l'argent, leurs campagnes en coulisses pour dissimuler leurs véritables revenus et leurs conflits d'intérêts. Un document implacable.".
L'auteur est un journaliste de la revue L'Obs.

A lire en ces temps de contestation, de Gilets Jaunes, de grèves etc.

samedi 11 janvier 2020

L'Intelligence artificielle n'existe pas de Luc Julia -essai sur l'Informatique- First Editions 286p. 17€95

Etude descriptive sur l'intelligence artificielle et le monde scientifique et technique qui l'entoure. De la différence entre la conception hiérarchisée et cloisonnée française et la conception dynamique, ambulatoire de la Silicon Valley. La déconstruction du mythe de la toute puissance de l'I.A.
Pour rentrer dans l'univers de la création de l'Intelligence artificielle..
Hermès  

vendredi 27 décembre 2019

Autour du livre de Vaness Springora

'3'avais été prévenue par mon éditeur de l'époque : tu ne sais pas à quoi tu t'attaques", se souvient Denise Bombardier, contactée par franceinfo. Il y a trente ans, sur le plateau de l'émission "Apostrophes", la chroniqueuse et romancière québécoise fut alors la seule à avoir osé attaquer l'écrivain à succès Gabriel Matzneff, connu pour faire l'apologie de la pédophilie à travers ses livres et aujourd'hui au cœur d'une polémique.
Nous sommes alors le 2 mars 1990, Gabriel Matzneff est âgé de 54 ans et invité pour la cinquième fois dans l'émission de Bernard Pivot. Mi-amusé, mi-perplexe, ce dernier le questionne : "Pourquoi vous-êtes vous spécialisé dans les lycéennes et les minettes ? Au-dessus de 20 ans, on voit que ça ne vous intéresse plus." Au milieu des rires de l'assistance, l'homme répond d'un ton badin : "Je préfère avoir dans ma vie des gens qui ne sont pas encore durcis, qui sont plus gentils. Une fille très, très jeune est plutôt plus gentille." La chroniqueuse et romancière québécoise Denise Bombardier l'attaque frontalement (à partir de 1'38). Elle le compare à ces "vieux messieurs" qui attirent les enfants avec des bonbons. Dans son pays, lance-t-elle d'un ton assuré, "une telle situation, se vanter dans ses livres des conquêtes de si jeunes filles, seraient inenvisageable, les droits de l'enfant ont évolué chez nous".  Aujourd'hui âgée de 78 ans, elle raconte à franceinfo comment cette prise de position lui a valu d'être vilipendée par certains intellectuels français. Mais peu importe : celle qui était alors la première femme à animer une émission télévisée politique sur Radio-Canada ne pouvait pas rester muette après avoir lu l'ouvrage de l'écrivain.
"Quand je suis arrivée sur le plateau je savais que j'allais faire cette intervention. (...) J'ai pris la parole, parce que les gens ne disaient rien sur son livre. Il y avait un couple de catholiques qui était là pour défendre la fidélité dans le mariage et qui n'a pas dit deux mots. D'ailleurs la dame ne fait que rire", raconte-t-elle agacée.J'ai fait ce que j’avais à faire. Autrement je n'aurais pas pu me regarder dans le miroir.
Son intervention lui a coûté cher. "Connasse", s'est insurgé Philippe Sollers, l'éditeur de Gabriel Matzneff, quelques jours plus tard, sur France 3. Dans Le Monde du 30 mars, la critique littéraire Josyane Savigneau s'en prend directement à elle : "Découvrir en 1990 que des jeunes filles de 15 et 16 ans font l'amour à des hommes de trente ans de plus qu'elles, la belle affaire !", écrivait-elle. 
Elle assure qu'elle a été "boycottée pendant 30 ans" par le quotidien qui n'a "jamais plus recensé [ses] livres". "C'est vrai que toute la boue qu'on m'a lancée après, ça a été encore plus fort et plus violent que je ne l'imaginais, mais ça ne me dérange pas", assure-t-elle.
Elle analyse aujourd'hui ces réactions comme celles d'un certain entre-soi : "Il y avait ce silence et cette fascination. Et ça dit quelque chose du milieu littéraire français et parisien. Ces gens-là se renvoient l'ascenseur, se coéditent et justifient en ne se mettant jamais en cause dans leurs actions." Elle se dit "très heureuse" pour le livre de Vanessa Springora, mais souligne : "Ça lui a pris trente ans pour être capable de raconter son histoire."
FranceInfo
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En écrivant ce livre, Vanessa Springora s'est placée au coeur du monde littéraire et à la hauteur de Gabriel Matzneff, celui qui la fascinait par son aura littéraire dans son adolescence. La "domination" littéraire du grand écrivain a disparu face à la maîtrise et au talent.
Hermès

lundi 23 décembre 2019

Le Consentement de Vanessa Spingora essai autobio Grasset 216p; 18€ parution 2 janvier 2020



Le Monde-extrait de l'article de Dominique Perrin : « Le livre est à la fois cru et subtil. « À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter. (…) De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité. À l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond. » Dans Le Consentement (Grasset), Vanessa Springora raconte tout, la rencontre avec G. en 1985, à l’âge de 13 ans, la fascination, l’amour qu’elle dit avoir éprouvé, l’emprise, la séparation, la chute, avec crises d’angoisse et épisode psychotique, puis les années pour s’en remettre. Il lui aura fallu trente ans pour livrer sa version de l’histoire. Jusque-là, en littérature, elle n’était que Vanessa, une des multiples conquêtes de « l’homme à la sortie du collège », un écrivain qui a eu son heure de gloire, mais que les moins de 50 ans ne connaissent guère : Gabriel Matzneff.
« Le Consentement » pousse à remonter le temps, jusqu’à ces années 1970 et 1980, quand le milieu littéraire et certains médias encensaient le dandy parisien, sans questionner les conséquences de ses attirances sexuelles.

Ce récit, qui sort le 2 janvier, est une première. Jamais les enfants et les adolescentes ayant eu une relation avec cet écrivain n’avaient pris la parole. Devenus adultes, aucun n’était sorti du silence. À 47 ans, Vanessa Springora, nouvelle directrice des éditions Julliard, se lance et couvre de ses mots ceux d’un homme de 83 ans, qui a toujours revendiqué son désir pour les mineurs – il ne dit pas pédophile mais « philopède », même si le verlan n’est pas son style. Récit littéraire, personnel et très fort, Le Consentement est aussi un ouvrage qui interroge la société. Il pousse à remonter le temps, jusqu’à ces années 1970 et 1980, quand le milieu littéraire et certains médias encensaient le dandy parisien, sans questionner les conséquences de ses attirances sexuelles." fin de l'article du Monde.

-Dans Le Point : "Aujourd’hui, Gabriel Matzneff parle à ses amis de « retour du puritanisme » mais refuse de s’exprimer – « Je sors de chez le médecin, je n’ai pas la tête à ça, ce n’est pas du tout par désobligeance, croyez-le bien », répond-il, très courtois. Dans un contexte post-#metoo de remise en cause de la domination masculine et peu après le témoignage de l’actrice Adèle Haenel, il sait que l’époque ne lui est plus favorable. »

Le livre-scandale aura probablement du succès.

A lire l’interview de Gabriel Matzneff dans Lire de 1993.
  
Hermès



dimanche 1 décembre 2019

Nouveautés... Décembre 2019

La Part du héros, le Mythe des Argonautes et le courage d'aimer  de Andrea Marcolongo -Essai
Après son chef d'oeuvre La langue géniale le grec... un nouvel essai ... génial.  Les Belles Lettres

Crépuscule de Juan Branco -Essai - L'Information est biaisée par les puissances d'e l'argent, comme se fut le cas dans l'élection d'Emmanuel Macron - Mise à nu d'un système. Au Diable Vauvert-Points Edit.

Dictionnaire égoïste de la littérature étrangère de Charles Dantzig -essai -Grasset Edit.
L'auteur récidive après le succès de son très intéressant essai sur la Littérature française.

Le Passe-Miroir (tome 4) La Tempête des échos de Christelle Dabos - Saga  Gallimard-
Vingt et une arches, Ophélie connaît le passé des objets en les touchant. Elle traverse des miroirs pour atteindre d'autres "arches".

Nina dans la nuit de Simon et Capucine Johannin -roman -Allia Edit. Un jeune couple SDF déboussolé survivant dans la nuit avec des petits boulots... L'envers de la société de consommation...



vendredi 8 novembre 2019

A la recherche du mot juste de Bertrand Périer Edit. Jean-Claude Lattès

Avocat l'auteur connaît la valeur des mots... aussi son livre s'adresse-t-il aux écrivains, orateurs ou tout simplement à chacun pour bien parler et rechercher le mot juste.
A lire
Hermès