lundi 17 janvier 2011

Hemingway, témoin du XX siècle. Un anniversaire d'un grand écrivain

Tristan Savin résume en quelques pages dans "Lire" la vie et l'oeuvre d'Ernest Hemingway (1899-1961). Entre ces deux dates des évènements extraordinaires ont bousculé l'Europe et le monde. Entre ces deux dates il y a eu la Grande Guerre, la Révolution russe, la montée du fascisme en Italie, du Nazisme en Allemagne, la guerre civile espagnole, la Seconde guerre mondiale, l'occupation de la moitié de l'Europe par le communisme, Fidel Castro, la guerre d'Indochine, d'Algérie. Ernest Hemingway n'a pas vu la guerre du Viêtnam, et les séquelles qu'elle a laissé dans l'âme américaine, il n'a pas vécu la chute du Mur de Berlin et l'effondrement du communisme, ni la renaissance de la Chine, la Mondialisation etc. C'est pourquoi son oeuvre doit être prise pour ce qu'elle est, une oeuvre d'art. Une oeuvre se basant sur l'historique, comme toutes les oeuvres d'art, mais se trouvant par le miracle de l'art, hors du temps, dans un espace à part, parmi les grandes oeuvres du génie humain. Comme il l'a dit lors de la remise du Prix Nobel de littérature en 1954 "(L'écrivain)...oeuvre dans la solitude, et s'il est assez bon écrivain pour cela, il doit chaque jour affronter l'éternité, ou son absence."
Ses oeuvres lui ont été inspirées par de grandes émotions : la Grande Guerre et la défaite italienne de Caporetto lui inspireront "L'Adieu aux armes", La guerre civile espagnole : "Pour qui sonne le glas", la vie à Paris : "Paris est une fête", les corridas : "Mort dans l'après-midi", ses chasses au gros gibier : "Les Neiges du Kilimandjaro" et "Les vertes collines d'Afrique"... ses pêches au gros : "Le vieil homme et la mer"...
Gertrude Stein qui l'avait accueilli et présenté Paris lorsqu'il y vint pendant les "Années folles" l'avait inclus dans ce qu'elle avait nommé "La Génération perdue". C'était une idiotie qu'Hemingway réfutait. En réalité ce Paris des "Années folles" où toute l'Europe et le monde se réunissaient, a marqué le départ de sa prodigieuse carrière de journaliste, et surtout d'écrivain. Il y revint à la Libération en 1944 pour sabler le champagne au Ritz, après les plages de Normandie.
Un très grand écrivain.
Henry Zaphiratos

dimanche 16 janvier 2011

Djamel Debbouze, Gad El Maleh chez Michel Drucker, ce Vivement dimanche.

Djamel Debbouze, Gad El Maleh chez Michel Drucker. Drôles et brillantissimes. Ils ont le sens de l’à-propos, de la netteté dans les rapports. On sent qu’ils sont sincères et vrais, et… bons. Leur rapport avec leurs parents, leur pays d’origine, le Maroc, les actions culturelles ou humanitaires, auxquelles ils s’impliquent, les rendent très sympathiques, très proches. Ils préparent leurs gags, tirés de la vie courante, de leur milieu, de leurs proches. Ils ont le regard pointu et la langue légère. Il n’y a pas d’animosité, de dérision, tout est « naturel », de leur tempérament. Ils donnent une autre dimension à l’époque. On pense à Fernandel, Fernand Raynaud, aux grands humoristes, aux grands comiques.
Cela illumine un dimanche après-midi.
Hermès

lundi 10 janvier 2011

Des gens très bien, d'Alexandre Jardin, Grasset, à paraître

"Des gens très bien" est à l'opposé du méprisant "Ces gens-là..." pour parler de gens "sans importance". Aux "gens très bien", le haut du pavé, l'intouchabilité, l'insoupçonnabilité; ils sont au-dessus de tous, s'ils savent "naviguer", quitter les navires qui prennent eau. Alexandre Jardin à travers l'insouciance d'une jeunesse dorée semble avoir porté en lui cette interrogation terrible : Quel rôle son grand-père a-t-il joué dans la déportation des Juifs, alors qu'il était le bras droit de Pierre Laval, le président du conseil de Pétain ? Il pose la question et accuse dans son livre. C'est un acte courageux et sincère, comment au milieu de l'allégresse d'une vie protégée, bercée par la chance et le succès, ne pas, le soir, dans la solitude ne pas penser à ces heures sombres où son grand-père, éminemment soutenu et consulté par la crème de la politique française de l'après-guerre, a été le directeur de cabinet de l'homme qui avait déclaré :"Je souhaite la victoire de l'Allemagne!" et dirigeait la haute administration française y compris dans l'exécution des lois et décrets antisémites ? Comment Alexandre Jardin, diplômé de Sciences-Po, fouailleur de bibliothèque et de sa vie familiale n'a-t-il pas pu se poser des questions, avoir des doutes ?
Ecrivain, poseur de questions, interrogateur de la vie, il ne pouvait pas ne pas échapper à cette prise de conscience. Il l'a fait. Le livre va paraître. Il a passé à la télé.
"Des Gens très bien" va faire grincer des dents. C'est un livre-charge, à lire.
A noter que Jean Jardin, le grand-père d'Alexandre, se fera muter par Laval, en Suisse en fin 1943, après que les Alliés eurent débarqué en Sicile-Italie, et que les Nazis eurent subi la défaite de Stalingrad. Le vent tournait. L'Allemagne allait être vaincue.
Style "vengeur",à l'emporte-pièce.
13/20
Henry Zaphiratos

dimanche 9 janvier 2011

Il fait froid et gris, c'est un jour d'hiver...

Ce dimanche 9 janvier est gris et froid. Il n'y a personne dehors. Si, deux personnes âgés engoncées dans des anoraks passent lentement sur le trottoir d'en face. Fleur lit. Le pot-au-feu mijote. Je voudrais faire partager mon plaisir de lecture en posant un extrait de "L'Amour de Mitia" d'Ivan Bounine, admirablement traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard. Voici ce petit extrait très cinématographique :
"La troisième sonnerie leur fut un coup au coeur si imprévu et si violent que Mitia bondit comme un fou de la plate-forme du wagon, tandis que, tout aussi follement,Katia s'élançait à sa rencontre avec effroi. Il baisa son gant, ressauta dans train, agita sa casquette avec un furieux enthousiasme, en retenant ses larmes;elle, cependant, une main retenant sa jupe, voguait en sens contraire avec le quai, sans pourtant le quitter des yeux. Elle voguait de plus en plus vite, à mesure que le vent dérangeait plus fort les cheveux de Mitia penché à la fenêtre et que la locomotive s'éloignait plus vivement, plus implacablement,exigeant, dans un hurlement insolent, menaçant, qu'on lui ouvrît la voie. Et soudain, elle disparut comme par enchantement, avec l'extrémité du quai."

J'ai fini de reporter ce texte et je songe à ce que les médias ont annoncé hier : la mort des deux jeunes Français, enlevés, au Niger... que 75 pour cent des jeunes Algériens sont au chômage, et dans une interview trois disent s'ennuyer dans leur pays... qu'il y a eu une fusillade en Arizona, un jeune homme de 22 ans a tué six personnes, blessé une vingtaine dont une candidate... qu'en Afghanistan un soldat français a été tué, la 53° victime française de ce conflit... que l'on a retrouvé le corps de la cavalière disparue de Rambouillet...

Il fait froid et gris, c'est l'hiver. Je reprends "L'Amour de Mitia".
Hermès

mercredi 5 janvier 2011

A propos de l'article de Jérôme Dupuis sur Patrick Modiano, dans l'Express

Il y a dans l'oeuvre de Modiano un charme indéfinissable. On sort de ses livres avec encore dans l'oreille une musique. Il place les mots avec une élégance et une justesse qui en font des accords. Même les titres de ses romans évoquent la musique. Du Vivaldi ? du Pergolèse ?... Je ne sais pas, mais un truc très XVIII°siècle italien. Pour Le "Sabbat" de Maurice Sachs, c'est un livre magnifique, qui emporte. Il faudrait le rééditer. Il y a une maîtrise de la langue qui en fait un grand auteur. Pour ce qui est du jeu de piste de Patrick Modiano, c'est une sorte de "Jeu de l'oie" pour tenter de sortir du labyrinthe du passé. Il a transcendé ce passé, rendu attachants son père et sa mère, rendu intelligible un certain Paris, celui des derniers mois de l'Occupation, de "La Traversée de Paris"... On découvre dans l'article de Jérôme Dupuis son amitié avec Michel Audiard, sa collaboration pour "Lucien Lacombe", ses écrits dans LSD du Crapouillot. Ce qui est moins bien, c'est son auto-censure décrit par Jérôme Dupuis, ses coupes, à posteriori, dans ses livres, pour suivre la ligne de la "bien-pensance" du moment, se recalibrer, se mettre au pas, reprendre la file.
Extrait de l'article de Jérôme Dupuis. Concernant les "coupes" de Patrick Modiano :
"Coupes discrètes. Ce premier roman, paru en 1968... Pourtant, la version aujourd'hui proposée en librairie a été discrètement "rabotée" par son auteur, qui, au fil de rééditions successives, en a fait disparaître des paragraphes entiers. Ainsi cette tirade de l'un des personnages : "Les juifs n'ont pas le monopole du martyre ! On comptait beaucoup d'Auvergnats, de Périgourdins, voire de Bretons, à Auschwitz et à Dachau. Pourquoi nous rebat-il les oreilles avec le malheur juif ? Oublie-t-on le malheur berrichon ? le pathétique poitevin ? le désespoir picard ?" En 1985, ce passage disparaît. Plus tard, ce sont d'autres pages, qui auraient pu être perçues comme homophobes ou antisionistes, qui sauteront. Bien évidemment, cette "autocensure" nous en dit bien plus long sur notre époque que sur Modiano."Fin de l'extrait.
Hermès

mardi 4 janvier 2011

A propos d'"Ecrire", question de l'Express: Qu'est-ce qu'écrire pour vous ?

Ecrire c'est se reconnaître soi-même à travers l'univers, et comme être "divin", c'est-à-dire "communiquant" avec les êtres et les choses, le Temps et l'Espace. Ecrire, c'est, pour moi, l'acte "artistique" par excellence, car de création. Et si l'on tient un "journal" c'est un acte de création continue, grâce à ce "journal" on peut se retrouver, retrouver l'être que l'on fut, que l'on est. Si c'est dans un ouvrage de fiction c'est à travers lui, soi-même, comme Flaubert disant "Madame Bovary c'est moi". L'écriture s'apparente à l'Odyssée, une navigation à travers l'existence. Henry Zaphiratos

lundi 3 janvier 2011

Respire la Vie

Respire la vie
Qui vient à toi
Onde après onde
Sous le souffle léger
Du printemps.

Respire la vie
Et ses promesses
Et la courbe gracieuse
Des arbres et des fleurs

Les bras et les jambes
Qui t'entourent, et
Les visages souriants
Qui appellent à la vie

Respire, respire
L'air embaumé
Et la mer enchantée
Et les villes rapides
Assises au milieu des prés
Les filles et les garçons
Qui rient, chantent, dansent
Dans des salles immenses
De concert fabuleux

Respire la vie
Petite Alicia
Avec le rêve qu'elle procure
Dans le silence de soi,
Et le silence des autres
Respire la vie
Pour tout vaincre.

Henry Zaphiratos