dimanche 19 juillet 2015

LIVRES que l'on peut se passer de lire... engendrant la tristesse...

-Requin de Bertrand Belin, P.O.L Editions 182p. 14€ 2015
Le narrateur met 182 pages pour se noyer dans un lac...  réminiscences... pour s'endormir.
-Zoé d'Alain Cadéo Mercure de France Edit. avec le CNL14,80€  2015
Un solitaire de 60 ans achète du pain à une jeune vendeuse. Ils se parlent à travers l'auteur. Zoé est le cliché de la jeune fille d'aujourd'hui que l'auteur veut qu'elle soit (jolie un brin révoltée), et lui (Henry) le cliché du vieux solitaire qui a des lettres (il cite Stefan Zweig, Paul Valéry...), ils correspondent en glissant des mots dans la miche de pain qu'il achète... Il meurt, on trouve les lettres. 
Textes soporifiques.
Hermès

jeudi 16 juillet 2015

Le Voyage en Orient, de L'"Âge d'or" à l'Avènement du tourisme 1850-1930 de Feriel Ben Mahmoud et Nicolas Daniel, Place des Victoires Editions, 236p. 2008

Un livre magnifique relatant à travers des illustrations de gravures, affiches, prospectus, daguerrotypes, photos, et des textes choisis de grands voyageurs, de grands écrivains, l'évolution de pensée européenne sur les mondes du Moyen-Orient. Des sources de la Bible, des voyageurs et historiens de l'Antiquité, ceux de l'Empire romain, puis de Byzance, des Croisades... 
Un fenêtre ouverte sur un Moyen-Orient aujourd'hui déchiré, meurtri, pour tenter de le comprendre, et retrouver le regard de l'Européen sur ce monde d'alors.
Hermès

La Villa du jouir de Bertrand Leclair, Serge Safran Edit. 262 pages - 17€ - 2014 - Le Goncourt de l'Erotisme

C'est un chef d'oeuvre de la littérature libertine que vient de publier Serge Safran, avec ce roman libidineux-porno-érotique de Bertrand Leclair. 262pages d'exploits sexuels, de rêveries érotiques, de fantasmes échangistes réalisés tout au long de ces pages. Ce livre est à placer sur le podium du genre, d'autant que l'écriture tourne à la perfection du style, La Villa du Jouir emprunte son titre à Paul Gauguin et à sa Maison du Jouir en Polynésie. Le titre n'est pas trompeur, la villa se trouve dans les Îles Grecques, aujourd'hui si malmenées par l'Europe, mais qui garderont toujours leur splendeur entre la mer turquoise, les montagnes beiges célestes, les maisons blanches aux volets bleus, les tavernes accueillantes sous la treille, délicieux de rencontres des voiliers, des pauvres et des riches, à Mykonos ou ailleurs, sous la protection d'Aphrodite, d'Apollon, d'Eole, de Poséidon... Bertrand Leclair installe la légende d'Adonis au centre de son livre... Mais le reste n'est que Volupté... Luxe mais pas Calme du tout... avec parfois la douce brutalité du rut de la bestialité humaine.
Un livre à découvrir, foutrement beau.
Hermès

Serge Safran Editions - 86, rue du Cherche-Midi 75006 Paris              

dimanche 12 juillet 2015

Une soirée chez Claire, de Gaïto Gazdanov, roman, Viviane Hamy Edit. 170p. 18€ 2015 -réédition de 1930-

Le miracle des livres c'est qu'ils peuvent sauter des générations, courir sur l'aile du Temps, et se retrouver entre vos mains, sous vos yeux, et vous révéler tout un monde emporté, disparu, mais vous communiquer aussi des sensations, des expériences, des émotions, des retrouvailles. C'est ce qui se passe avec les grands livres, les livres plus qu'intéressants, des cailloux lumineux sur notre route. Derrière ce titre dans le style du "Genoux de Claire", en réalité, c'est le monde de l'enfance, de la découverte de la vie, c'est une atmosphère qui se révèlent. Viviane Hamy a  bien fait de rééditer ce roman-récit, ou "souvenirs", que Gaïto Gazdanov a écrit à 28 ans, se racontant, racontant la Russie, sa vie familiale, son enfance, son adolescence, sa guerre dans l'Armée Blanche, et son amour pour Claire. Une jeune fille bourgeoise française prétentieuse rencontrée dans une station du Caucase, Kislovodsk (station toujours en vogue), lorsqu'il était lycéen, et qu'il retrouve à Paris, sous les regards d'une femme de chambre au pince-nez qui va et vient, caisse enregistreuse pour le mari en voyage à Ceylan. 
Gaïto Gazdano livre son moi profond, sa difficulté de réunir ses deux entités profondes qui le troublent, la peur enfouie de ce qui est autour de soi, que l'on ne comprend pas, le soi qu'il faut dominer, maîtriser pour se révéler, il décrit aussi le monde qui l'entoure, son père, mort alors qu'il n'avait que huit ans, sa mère, ses années de collège avec des religieux bornés et ignorants, son oncle Vitali qui cherche le "sens de la vie", son engagement, sans enthousiasme, dans l'Armée blanche à seize ans, alors qu'on lui dit que tout est perdu, où il découvre une faune humaine étonnante dans le train blindé "La Fumée" qui roule en Ukraine, de front en front, de combat en combat, en retraite vers la Crimée. (certaines des pages de 1928 préfigurent le Malaparte de Kaputt de 1943))
Les dernières pages du livre sont d'une beauté éblouissante.
La Russie qu'il décrit ressemble à celle d'aujourd'hui, pour ce qui est de l'ambiance. La parenthèse soviétique n'a en rien changé l'âme russe.
Dommage que la traduction ne soit pas, parfois, à la hauteur de ce texte éminemment littéraire et poétique.
Très bon livre, bien écrit sur les expériences d'un jeune homme de seize ans entraîné dans une guerre qui déchire son pays au milieu de soldats et d'officiers truculents, un jeune homme qui découvre des hommes qui cherchent un sens à leur vie... point lumineux dans le désastre qui se prépare  et s'annonce avec la débandade de l'Armée Blanche et la fuite... le visage lumineux d'une jeune fille française, Claire, rencontrée dans une villégiature dans le Caucase et qu'il retrouve à Paris... Une sorte de "Docteur Jivago" de la jeunesse avec la beauté et la puissance de l'âme russe. Un texte qui rappelle le livre d'Ivan Bounine "La Vie d'Arséniev
Extrait p.158-159 :
"La tristesse de la Russie provinciale toute entière, sa vaste et éternelle mélancolie, saturaient Sébastopol. A l'intérieur des théâtres, des artistes d'Odessa aux pseudonymes aristocratiques chantaient d'une voix de poitrine des romances qui, quelque fût leur contenu, exhalaient une nostalgie  suffocante et remportaient un succès énorme. Les larmes jaillissaient des individus les plus insensibles. La révolution en les privant d'une maison, d'une famille et de déjeuners leur avaient brusquement permis d'éprouver un regret profond et, pour un temps, avait libéré de son enveloppe militaire et grossière une sensibilité morale depuis longtemps perdue et oubliée... C'était la première fois  qu'ils prenaient conscience d'avoir une biographie, une histoire et un bonheur perdu dont ils n'avaient entendu parler que dans les livres. La mer Noire m'apparaissait comme le réceptacle immense des rivières de Babylone et les collines argileuses de Sébastopol comme l'antique mur des Lamentations."
Un grand auteur à découvrir.
Hermès

mardi 7 juillet 2015

ROMANS POUR LA RENTREE...

La revue LIRE présente des extraits de quelques romans pour la rentrée :

-Le crime du comte Neville, le Amélie Nothomb de l'automne... comme les marronniers... roman qui semble égal aux autres de la romancière populaire. Court roman de 144p. Albin-Michel-15€
-Boussole, de Mathias Enard - Erudition et création - 400p. Actes Sud, 21,80€
Juste avant l'oubli, Alice Zeniter - "D'une plume mi-artiste mi-thésarde, Alice libère son écriture"  extrait de la note de LIRE - 288p.  - Flammation/Albin Michel - 19€ ( style courant)
-Petit Piment, de Alain Mackanckou - Un petit orphelin au coeur du Congo - "drame et burlesque" Le Seuil - 284p. 18,50 - (style truculent).
-La Terre qui penche,  de Carole Martinez -  une Iphigénie de douze ans sacrifiée par son père pour libérer les paysans de la misère. 370p. Gallimard - 20€ - ( écriture lyrique)
-Un amour impossible, de Catherine Angot -  Flammarion - 224p.- 18€ 
-2084, La Fin du monde, de Boualem Sansal - 284p. Gallimard - 19,50€ 
-La dernière nuit du Raïs, de Yasmina Khadra - La fin de Kadhafi - 208p. Julliard - 18€


Echapper, de Lionel Duroy, roman, Julliard Edit. 277p. 18,50€ 2015

Prétexte d'une relation amoureuse avec son épouse qu'il aim...e au point d'être esclave de lui-même... Prétexte de la recherche du lieu, Husum, où vécut un écrivain qu'il aime pour un voyage à travers l'Allemagne, puis de l'ex-Allemagne de l'Est, la RDA. prétexte pour un romancier en mal d'inspiration, pour écrire...écrire...
Banalité des dialogues, des personnages, banalité du style, banalité des images... L'auteur passe sur tout avec la rapidité du vide... 
Quand on sort de la lecture d'un grand livre, on s'affaisse, on somnole, et on ferme un roman comme celui-ci.
Hermès

jeudi 2 juillet 2015

Pour la gloire, de James Salter, roman, Editions de l'Olivier, 239 pages - 2015 21€

On peut dire et écrire que ce roman-récit de James Salter est un chef d'oeuvre. L'auteur a été pilote de chasse pendant la guerre de Corée, et c'est cette expérience, de vie dans une escadrille combattante qu'il analyse, et restitue avec profondeur, tact et une grande finesse psychologique. On y découvre l'esprit de corps, mais aussi les rivalités sournoises, les états d'âme des pilotes des F 86 pour qui descendre le plus de Mig procurait une satisfaction et une joie immenses. On n'y parle pas de mort, mais seulement d'exploits à réaliser en volant dans un univers quasi irréel et merveilleux, au-dessus d'un monde étroit, gelé, de casernement, au delà du fleuve Yalou. Les Mig sont touchés, leurs pilotes s'éjectent, descendent en parachute... ce sont des étoiles au tableau de chasse à faire pâlir ceux qui reviennent sans ces trophées... Une guerre qui semble un sport olympique, ou un jeu électronique, sans tellement de gravité, que le "moi" blessé ou "transfiguré".
Avec une écriture à la française James Salter se révèle un grand écrivain, une écriture proche de l'âme, de la philosophie, profonde et vibrante.
"Peut-être est-ce moi qui devenait qu'un homme à travers les défaites, et que les vainqueurs, en réalité, perdaient, à chaque triomphe, cette force vitale qui ne trouvait à s'exercer qu'en reprenant force."   Extrait P. 79/80
"Il n'y a que quelques-uns qui vont plus loin que les autres."  Extrait P. 143
Un grand livre.
18/20
Hermès