mercredi 9 août 2017

Le Talent et la Vertu de Isabelle Siac - roman -Belfond Editions 522p.

La vie romancée de François Talma et les vicissitudes de la Comédie Française à l'orée de la Révolution, pendant celle-ci et sous l'Empire. Talma la super vedette de l'époque, équivalent d'une star de nos jours. Isabelle Siac avec talent nous reconstitue l'ambiance des années pré-révolutionnaires et celles de la Révolution en se basant sur une solide documentation tirée en grande partie des archives de la Comédie Française, relatant les événements, les discussions, les oppositions entre ceux qui étaient "pour" et les autres. On y apprend le rôle primordiale des spectacles, à commencer par le Charles IX de Marie-Joseph Chenier, le rôle joué par les auteurs pour être justement rémunérés de l'exploitation de leurs oeuvres, alors que sous l'Ancien Régime les pièces étaient "achetées", souvent par le roi pour sa troupe des Comédiens Français, on y apprend que c'est Louis XVI qui fit construire ce que nous appelons aujourd'hui le Théâtre de l'Odéon qui fut ce théâtre de la Comédie Française avant qu'elle n'émigre près du Palais Royal, sur la Rive Droite. Odéon qui, en Mai 1968, lors des émeutes de Paris, du Quartier-Latin, fut aussi, étrange parallèle, le siège d'opposition au régime, qui valut à son directeur de l'époque, Jean-Louis Barrault, d'être destitué.
Un roman très riche, très vivant, une peinture brillante d'une époque terrible, angoissante, et la carrière d'un très grand comédien. Le clivage entre l'Ancien Régime issu de la féodalité, elle-même issue des Grandes Invasions qui ont détruit l'Empire romain, et le monde nouveau de la liberté, du retour aux sources du "savoir" antique des Grecs est très bien montré.
Un livre pour les amateurs de théâtre, d'histoire, de la Comédie Française, pour l'été sur les plages ou chez soi.
14/20
Hermès

mardi 8 août 2017

Une très légère oscillation de Sylvain Tesson, Notes de Journal - Equateurs Editions 230p. 19€

Sylvain Tesson est un écrivain de la hauteur. Au sens propre comme au figuré. Il aime l'escalade, enfin, il l'a aimé jusqu'à ce jour où à Chamonix il a failli mourir. Il le raconte. Mais ce livre est aussi un livre profond, et littérairement agréable. Plongé dans ce siècle de vitesse, de consommation, de laisser-aller, de repères évanouis, de politique indécise, il réfléchit, et pèse sa réflexion d'un brin de misanthropie, et semble courir le monde ne se sentant nulle part chez lui. Dans ces extraits de son journal il livre ses opinions sur ce qui se passe, sur le flou entretenu par les hommes politiques qui ne veulent, ne désirent pas voir la réalité en face. Reste le charme d'une démarche, d'un "moi" profond attachant puisant sa force dans la volonté du détachement par l'évasion. Une sorte d'instabilité métaphysique que le mouvement, le dépaysement, la méditation et la lecture de grands textes atténuent.
A lire.
14/20
Hermès 

jeudi 20 juillet 2017

Les nouveaux romans... Deux premières phrases de quelques-uns...

-Souvenirs de marée basse de Chantal Thomas :
"Rêve  Je me tiens en haut d'une dune. Au-dessous de moi : la mer, verte, extraordinairement claire, transparente, une eau d'huître."...
-Point cardinal de Léonor de Récondo :
"Mathilda conduit jusqu'au rond-point, puis se gare sur le parking du supermarché. Presque personne à cette heure-ci."...
-Nos vies de Marie-Hélène Lafon :
"Elle s'appelle Gordana. Elle est blonde. Blonde âcre, à force de vouloir, les cheveux rêches."
-La Serpe de Philippe Jaenada :
"-Quelle malchance ! s'écria Claude." 
Je n'aurais pas mieux dit. "...
-Nos vies dans les forêts de Marie Darrieussecq :
"J'ai ouvert l'oeil et boum, tout m'est apparu. C'était limpide.
-Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon :
"Vous écrivez les jeunes filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l'embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes."...
-Frappe-toi le coeur de Amélie Nothomb :
"Marie aimait son prénom. Moins banal qu'on ne le croyait; il la comblait. Quand elle disait qu'elle s'appelait Marie, cela produisait son effet.

vendredi 14 juillet 2017

Le Sympathisant, de Viet Thanh Nguyen, roman traduit de l'anglais par Clément Baude, Belfond Edit. 504p.23,50€

Un roman qui s'apparente à une grande oeuvre par l'écriture, le thème, l'humanité. Le Survivant, c'est cet agent double, eurasien, qui a pu se sauver de l'enfer que fut la chute de Saïgon en 1975, la fuite éperdue des toits de l'ambassade américaine, l'accueil aux Etats-Unis, la vie de réfugié, les études, l'adaptation douloureuse etc. C'est un "Autant en emporte le vent" de l'Amérique des années 70/90.
Ce grand roman a eu le Prix Pulitzer 2016. L'auteur est professeur d'anglais à l'Université de Californie.
La traduction est superbe et colle au style de l'auteur.
18/20
Hermès

jeudi 13 juillet 2017

A PARAÎTRE : La Trajectoire d'un "Prince" de H. Zaphiratos - De l'Art de la Guerre en Politique - HTZ-Athéna - 132p. 12€

-Le déroulement de la "Blitzkrieg" électorale qui a vu l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République - Une chronique  de ces jours qui ont fasciné la France... le monde...

Nouveautés de l'Eté...

-Napoléon - Hors série de la revue "Lire" avec des textes de Chateaubriand, Stendhal, Balzac, Hugo..
-Un été avec Machiavel de Patrick Boucheron Edit. Equateurs/Parallèles - Superbe... 13€
-Histoire Mondiale de la France sous la direction de Patrick Boucheron,  Seuil Edit. Dans la lignée de Jules Michelet. 29€
-Un peu tard dans la saison de Jérôme Leroy - roman - Edit. de La Table Ronde - La fuite plutôt que le suicide pour s'éclipser du monde actuelle... 18€
-Le Sympathisant de Viet Thanh Nguyen - roman traduit de l'anglais. Plongée dans l'univers d'un agent double aux Etats-Unis rescapé de la chute de Saïgon en 1975. Belfond Edit. 23,50€  

mercredi 12 juillet 2017

Fendre l'armure de Anna Gavalda, 7 Nouvelles, Le Dilettante Edit. 284p; 17€

Briser l'être que l'on montre, l'être que l'on a fait de vous, sortir de vous-même, c'est "Fendre l'armure", l'armure de sa "Citadelle" comme l'écrivait Saint-Exupéry. Anna Gavalda raconte le monde, les gens "de rien" comme dirait Hollande ou Macron, des gens bloqués dans une civilisation qu'ils ne comprennent plus, dans la solitude de soi. Face à soi, seul, et le constater, le vivre. Les femmes, les hommes de ces sept nouvelles, rencontrent d'autres solitudes, soit venant d'une éducation rigide de la petite bourgeoisie bien-pensante et déchristianisée, soit d'une solitude sociale, de par la profession, le goût ou le destin. Chacune, chacun tente de jeter des ponts vers l'"Autre", qui n'est pas un "enfer" comme l'écrivait Sartre, mais un être perdu, abandonné à lui-même et qui se raccroche à ce maigre radeau de l'amitié, amitié sans suite, qui sombre inéluctablement. Que ce soit la crise économique due aux délocalisations, ou autres drames financiers concurrentiels, ou familiale, professionnelle, c'est toujours le combat contre soi, contre l'environnement, le non-sens. Anna Gavalda a écrit une série de nouvelles métaphysiques, qui montrent à travers ses "gens", leur pauvreté intellectuelle, spirituelle. Il n'y a rien en eux, comme dans les interrogations de Dostoïevsky dans ses Frères Karamazov. Ici, il n'y a plus rien, les enfants sont des témoins absents, ils attendent la nouvelle ère de leur génération entre le numérique, les show télé, les espérances d'un autre monde. Celui de "Fendre l'armure" s'écroule devant nous lentement, très lentement, déjà se met en place un autre univers... Que sera-t-il ? Comme cette élection présidentielle hors-norme qui vient de s'achever, il réservera peut-être des surprises.
Le livre d'Anna Gavalda est l'histoire des âmes errantes à travers le monde des villes, des immeubles, des paliers, comme un témoignage saisissant de la dureté, la crudité, de la solitude à travers un langage semblable au laisser-aller où se sont abandonnés des gens de "rien" et de "tout".
Nous sommes loin de La Princesse de Clèves.
16/20
Hermès