dimanche 30 avril 2017

La trajectoire d'un prince...

M. Macron, candidat du 2° tour, est super heureux, il vient d'être interviewé par M. Delahousse, il lui a dit qu'il s'était fait tout seul, qu'il n'était l'héritier de personne. Parti de rien, dit-il, il a gravi l'ascenseur social passant des études secondaires l'ENA. probablement avec une bourse d'études ?, sauf peut-être qu'il avait un père et une mère qui se sont occupés de lui, (père Professeur de neurologie à Amiens, mère médecin de la  Sécurité Sociale) une grand-mère qui a pris soin de lui( Professeure des écoles), qu'il a rencontré une prof avec une maison au Touquet; devenue sa femme qui l'a peut-être un peu aidé etc. enfin qu'il n'est pas sorti de la cuisse de Jupiter comme ça... Mais a-t-il dit tout lui réussit, ses examens, même l'entrée à l'Elysée par relations, même ministre... Maintenant il veut l'Elysée. C'est son joujou du moment. Hollande a dit qu'il avait réussi sa vie en devenant président, M. Macron, lui,semble vouloir devenir président parce que c'est normal avec son génie hors-norme, il serait anormal qu'il ne soit pas le président de tous ces Français moyens. Comme tous ceux qui veulent être président, il est le meilleur, le plus intelligent, le plus tout, tout. comme Sakozy, comme Juppé, comme Fillon etc. D'ailleurs tous le lui disent en lui faisant des courbettes. Alors le programme ? C'est le programme que vous voulez. D'ailleurs un président est un président, il préside à l'Elysée, un point c'est tout. M. Macron attend avec impatience la dernière formalité pour rentrer chez lui, au 52 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris VIII° D'Amiens à l'Elysée la trajectoire d'un prince.
H.Z.

Nouveautés...

-L'Ordre du jour de Eric Vuillard - roman historique - Actes-Sud 160p.  16€  Dans les coulisses du III° Reich. l'ordre industriel nazi.
-Ma mère, cette inconnue de Philippe Labro - Récit - Gallimard - 192p. 17€  Tendre récit, hommage à sa maman d'un écrivain délicat. Philippe Labro écrirait sans une posture d'écrivain connu, mais dans sa profondeur réelle de son "moi" atteindrait la vérité de son art.
-Tout un été sans Facebook de Romain Puértolas - roman humoristique - Le Dilettante - 380p. Un joyeux roman policier dans un New-York Colorado, par l'auteur à succès du Fakir-Ikea.
-Fitzgerald inédit de Je me tuerais pour vous... - 18 Nouvelles retrouvées - Grasset/Fayard - 477p. 23€ - Plaisir de retrouver par hasard un auteur des années folles américaines.

samedi 29 avril 2017

A propos de l'Election présidentielle en France...

Le monde assiste stupéfait à une mise à mort subtile de la démocratie en France. Cette démocratie qui a coûté tant de révolutions, de larmes et de sang, semblait pérenne, croyait-on, en France, d'où elle s'était répandue dans toute l'Europe et le monde tout au long des XIX° et XX° siècle après les conflits sanglants qui ont fait des dizaines de millions de morts, cette démocratie est en train d'être atteinte dans son âme même. Cette élection présidentielle en France est peut-être celle où l'on verra sombrer cette passion de la liberté qui animait les Français. On ne se rend pas compte que la violence des vagues de haine qui se sont levées, qui enflamment toute une partie de la population contre l'autre est inouïe. La raison ne préside plus au débat, mais le goût du lynchage, la volonté d'imposer par la force des mots, des passions, une loi. Toute une classe politique s'est dressée soulève la tempête de la colère dans toute une partie de l'opinion publique, celle qui est la plus riche, la plus forte, celle qui tient tout, qui irrigue de sa puissance, de son renom, tout, contre une autre en la noyant sous l'injure, l'ostrascisme, la relégation, en fait un bouc émissaire pour la neutraliser, la pulvériser. Il semblerait que tous les moyens seraient bons car on s'estime du bon côté, du côté "sain" , du côté "propre", et ainsi "on a le droit", pour maintenir par tous les moyens sa domination. On est dans le sens de l'Histoire, du progrès, le chemin tracé, de force s'il le faut, vers ce que l'on veut imposer aux autres. Il n'y a plus de dialogue, mais un diktat terrifiant car il pourrait s'attaquer aux urnes mêmes, symboles ultimes de la démocratie, de la liberté. On assiste à ce vent mauvais qui ramène du passé des mots, des slogans infâmants pour brûler l'adversaire. Mais l'adversaire est l'autre partie du peuple, celui qui est le plus faible. Alors on s'unit, on chasse en meute. Des lettres, des discours, des appels, les médias mobilisés, l'espace moral, mental noyé, asphyxié. Un président de la République sortant, qui devrait être l'arbitre de la Nation, demandant, exhortant les électeurs à ne prendre qu'un bulletin de vote, celui de son protégé, stade ultime de la dégradation de sa fonction. L'Europe, même celle de Bruxelles, se tait, retient sa respiration, regarde médusée la mise à mort de la grande idée des hommes de la Révolution Française, puisée à la source de l'idée de démocratie à Athènes, aussi imparfaite était elle alors. J'écris cela avec une grande tristesse car ce n'était pas l'idéal européen des hommes comme Victor Hugo ou Stéfan Zweig, ou jean Monnet que de détruire ou même de porter la moindre atteinte à la démocratie pour imposer ses vues. .
H.Z.

mardi 25 avril 2017

A propos de Romain Gary...

Romain Gary aimait passionnément la France au point d'avoir été profondément triste toute sa vie de n'être pas né français, lui qui était un si grand écrivain, qui vivait la langue française et a eu deux fois le prix Goncourt. Il y a parfois au fond des êtres des déchirures si douloureuses qu'elles étonnent les insensibles. Il a fait la guerre dans l'armée de la France Libre, a été Consul-général de France à Los-Angeles, a épousé Jean Seberg... Il avait tout, mais il ressentait au fond de lui ce manque qui l'a fait souffrir toute sa vie. Quand on pense à ceux qui ont, aujourd'hui, honte de la Culture , de l'Art français, de la langue française, qui veulent tout détruire, tout engloutir dans le magma de l'univers... Pauvres "les "Romain Gary"
H.Z.

samedi 22 avril 2017

Je me tuerais pour vous de F. Scott Fitzgerald, traduction de Marc Amfreville - Grasset/Fayard Edit. 480p. 23€

On croyait que tout avait été traduit de F. Scott Fitzgerald, et voici, Ô surprise, la traduction des nouvelles que l'auteur de Gatsby le magnifique et de Tendre est la nuit, avait écrite pour les revues américaine pour des raisons alimentaires, ses romans se vendant mal, et ses scénarios pour Hollywood, n'étaient pas toujours acceptés. Voici donc un lot de nouvelles superbement intéressante car écrites par un grand écrivain ayant le sens de la formule, des tournures de phrase, d'une psychologie fine, et de mots qui font mouche.
Alors allons-y ! Lisons ce bouquin et relisons.
18/20
H.Z.

mardi 18 avril 2017

Nouveauté : Le candidat au certif. de Gérard Nédellec - Edit. Marivole -272p 20€

Une classe du primaire des années 1960. Le monde d'avant les grandes mutations... la fin des "30 Glorieuses"...
Charme.
Hermès

dimanche 16 avril 2017

NOuveauté : La France d' "En bas" d'Anne Nivat - Fayard -

Anne Nivat  a enquêté sur la France "oubliée" des petites villes de province d'où sortent régulièrement ceux qui vont devenir des gens célèbres comme Pompidou, Gérard Depardieu, Jacques Chirac ou Hollande etc.
Une France qu'une fois au pouvoir ou à la célébrité, ils s'empresseront d'oublier et qu'ils ne retrouveront le plus souvent que pour quelques commémorations, parfois familiales... C'est tragique car c'est cette France profonde qui est le creuset de l'identité française...
A lire,
A méditer pour ces familles qui ne transmettent plus les traditions, les coutumes, les croyances, la foi en leur pays...
18/20

jeudi 13 avril 2017

Nouveauté : RESISTONS de Jean Lassalle, Editions La Différence - 80p.

Un livre percutant d'un candidat sincère et animé de la puissance de la France profonde. Jean Lassalle est un des candidats à la Présidence de la République, il a été berger, puis ouvrier, puis élu député de son Béarn natal. Il a épaté la France en chantant l'hymne des montagnes de sa région, debout au fond de l'Assemblée nationale, sur le dernier gradin, alors que, stupéfaits, Nicolas Sarkozy, était alors ministre de l'Intérieur, et Jean-Louis Debré, président de cette assemblée à majorité UMP, cela pour réclamer plus de protection devant un tunnel qui venait d'être construit entre la France et l'Espagne, puis il avait entrepris une longue marche dans toute la France allant à la rencontre des gens, et dormant chez eux. Passant chez JC. Bourdin sur BFMTV, il révèle que les députés ne sont pas libres, mais soumis aux diktats de la direction de leur Parti. S'ils veulent, comme lui, s'en affranchir ils sont menacés de n'être plus sur la liste de leur parti aux élections suivantes...Il pense aussi que les grands partis, eux, sont soumis aux grands groupes financiers, bancaires etc.
Le livre-programme d'un homme sincère, parlant du fond du cœur comme une expression vivante d'un nation.
"L'enfance est la dernière chose qui m'appartenait"  "Heureuse enfance, mon père chantait au lieu de se fâcher." "J'adorais mon père."  "Une tournée générale de mots simples".
Un livre rafraîchissant.
18/20
H.Z.

mercredi 12 avril 2017

L'Election Présidentielle comme un terrain de jeu...

Il semblerait que Macron s'amuse comme un fou dans cette élection présidentielle qui est pour lui un formidable terrain de jeu ! Dans la cour des politiciens professionnels, il joue à la marelle, saute d'un personnage à l'autre, interprète avec sa femme un rôle de "people", chante avec les montagnards, rigole à plein tube et se fout de tout. Il est au "Théâtre" et interprète tous les rôles que le public désire : matamore dans les meetings, doucereux puis griffant, mordant, mais avec en arrière fond le "jeu", la composition, comme il le faisait au théâtre. Il a compris que la politique c'était un "jeu", presque de la rigolade, on peut en faire sans se prendre au sérieux tout en jouant au sérieux, comme dans les affaires, le principal, c'est d'être dans le bon wagon, celui de la richesse, du pouvoir, de l'entregent, au fond Macron est un personnage d'Honoré de Balzac, de sa "Comédie humaine". Ses concurrents jouent la carte du sérieux, des "responsables", des "compétents", des "protecteurs", lui joue la carte du n'importe quoi pourvu que, grâce aux Médias, à lui, tout acquis, le bon peuple des électeurs le voit, l'entende, prenne au sérieux ses volte-face. Il a la jeunesse, l'impertinence de la jeunesse, les autres sont des viocques, usés, fatigués, il n'en fera qu'une bouchée grâce à ses jongleries de grand acteur, de grand chambouleur. Il sourit de haut à ce peuple d'électeurs-moutons à raser, qu'il espère fasciner par ses différents personnages. Aujourd'hui, il chantait dans les montagnes, demain... il chantera où... sous la houlette de ceux qui l'ont choisi, fabriqué, qui ont sorti des millions d'euros pour le lancer comme un produit industriel. Il est leur Pinocchio avec un nez qui s'allonge, espérons qu'ils n'ont pas joué aux "apprentis-sorciers".


H.Z.

lundi 3 avril 2017

Nouveauté : LES MISERABLES de Victor Hugo

Article paru dans Le Figaro du 13 avril 1862.

Lettres de Colombine

Depuis ma dernière lettre, le Cotillon a été sifflé, les Misérables ont paru.
J'ai lu les deux volumes de M. Victor Hugo d'un seul trait et d'une seule haleine. J'ai lu vite, j'ai pensé longuement. Comme ce livre est l'événement de l'année, je demande la permission de dire ce que j'en pense, devant à mes lecteurs la vérité, à moi-même la franchise et le respect à l'auteur: il y a moyen de concilier tout cela.
Je ne ferai point l'analyse d'un ouvrage qui est dans toutes les mains, et qu'on a traduit dans toutes les langues; ce serait du temps perdu qu'on peut employer mieux.
Toutes les plaies de ce monde étalées: la pauvreté poignante, le travail refusé ou insuffisant, une mère dévouée à son enfant jusqu'à se vendre pour elle, la prostitution pour la femme, dernière misère et ressource dernière. Pour l'homme, le bagne, où il reste dix-neuf ans: cinq ans pour un pain volé, quatorze ans pour trois évasions inutiles. Après sa libération, après la route libre et les longs voyages, partout les portes fermées et les visages hostiles, et nul moyen pour le malheureux de remonter ou par vertu, ou par effort, ou par sacrifices, à sa place perdue et à son rang d'homme parmi les hommes. Comme un contraste consolant, un prêtre répandant à pleines mains le trésor des miséricordes divines, et montrant aux misérables Dieu meilleur que les hommes, et son paradis préférable à la vie d'ici-bas. -Voilà pour l'idée.
Une simplicité cherchée, des images tourmentées, mais souvent saisissantes, des phrases parfois obscures, de l'affectation à dire pompeusement les choses simples, et à donner à la vérité la plus évidente un vêtement qui la rende méconnaissable, des effets préparés de longue main et qui manquent leur entrée; des tonnerres de pacotille comme en forge, dans son laboratoire, M. Dennery le grand alchimiste, et dont la voix enrhumée n'ayant plus de puissance, ne produit plus d'effroi, un perpétuel abus des substantifs de sept lieues et des adjectifs gigantesques, un mauvais goût inévitable racheté par des beautés de premier ordre. -Voilà pour le style.
Illustration des «Misérables» deuxieme livre: Marius et Eponine.
Illustration des «Misérables» deuxieme livre: Marius et Eponine. Crédits photo :
Le commencement, long et trainant à travers des détails touchants et des traits hasardés. Les scènes entre lorettes et étudiants traitées avec une grâce lourde, une légèreté pesante, une sonnerie de mots baroques, un effort malheureux de gaieté et une absence absolue d'esprit. Où donc le peintre de la vie de Bohême peut nous dire, comme il convient, ces échappées dans la campagne où folles et fous s'en vont deux par deux, ces diners d'amoureux qui s'embrassent comme s'ils s'aimaient, ces entretiens bruyants ou discrets, nés des ivresses tapageuses ou mélancoliques, et ces coups de canif plantés au beau milieu de ces contrats passagers? Mais viennent ensuite des tableaux d'une vérité saisissante, des descriptions navrantes, un intérêt bizarre qui s'insinue progressivement et qui vous domine en entier; un oubli complet de ce qui n'est pas ce qu'on lit; on est sous le charme ou plutôt sous la terreur, quoiqu'on résiste et qu'on s'en veuille d'y céder; on va jusqu'au bout dévorant les pages, partie soi-même dans ces luttes de vie et de mort, entendant résonner dans son âme et dans sa chair ces cris d'angoisse et de désespoir, effrayé qu'on est par l'horreur et vaincu par la grandeur de l'œuvre. -Voilà pour l'effet.
Corneille faisait, ses héros plus grands que nature. En cela Victor Hugo ressemble à Corneille, il semble se préoccuper plus de forger des types que de peindre des gens qui ont existé, il ne se traîne pas dans des sentiers frayés, ni à la poursuite d'une observation banale, mais il outre démesurément les personnages qu'il crée, dans le sens des vices ou des vertus qu'il leur donne; de telle sorte que les contrastes sont plus saisissants, le but devient plus visible, et la pensée se dégage plus claire du dédale des événements ou des nuages de la phrase.
Victor Hugo ne se complait pas, comme Eugène Sue, dans la peinture navrante des dégradations et des vices de l'humanité, sans autre souci que celui de les étaler hideusement dans les pages interminables de ses romans malsains; il n'est pas, comme Balzac, un observateur minutieux, qui se compose du nombre et de l'exactitude des détails, un majestueux ensemble, et qui se préoccupe davantage de la peinture que de la preuve, il se croit appelé ici-bas à une mission régénératrice; il exerce comme un sacerdoce indulgent, il se plaît à tenter des réhabilitations grandioses, il donne aux vices des excuses, au crime une raison d'avoir été ou de ne plus être, il rachète par l'amour, il sauve par le repentir et conduit ses héros, à travers les fatigues et les périls d'une ascension douloureuse, jusqu'aux sommets effrayants des plus inaccessibles vertus.
À cette tâche on faiblit souvent, plus souvent on fait fausse route! On prend le vraisemblable pour le vrai, le démesuré pour le grand, et l'effort tenté pour la victoire gagnée. Mais à de tels labeurs se dévouent seulement les grandes âmes et les nobles cœurs.
Tournage le 22 juin 1957 du film «Les Misérables» réalisé par Jean-Paul Le Chanois avec Jean Gabin et Bourvil.
Tournage le 22 juin 1957 du film «Les Misérables» réalisé par Jean-Paul Le Chanois avec Jean Gabin et Bourvil. Crédits photo :
Nulle plus que moi n'admire Victor Hugo: comme écrivain il le cède à plusieurs, comme auteur dramatique il ne le cède à personne, comme poète il est le premier depuis que Musset n'est plus. Que de jouissances je lui dois, que d'émotions dont je tremble encore, que d'enthousiasmes toujours jeunes et vivants! L'âge n'a pas refroidi son ardeur ni éteint la jeunesse de son cœur et les flammes de son génie! il travaille plus qu'aux premiers jours, remuant les plus lourds fardeaux et nous étonnant par la grandeur de la conception et la puissance de l'effort. Il surabonde de sève et de vie, poussant des rameaux luxuriants comme un arbre qui se couvrirait de fleurs et de fruits tout ensemble et qui pencherait ses branches pour que chacun les put cueillir, il a des accents qui vont au cœur par le chemin le plus court: pour ne pas l'admirer il faudrait avoir perdu l'amour du bien et le sentiment du beau, et pour ne pas l'aimer n'avoir pas été enfant ou jamais été mère.
Aussi, que me font ses défauts, ses taches et ses faiblesses! je les reconnais et je passe outre.
Je vais où les beautés étincellent. Comme un fleuve qui, parvenu à rejeter sur ses rives les débris du dernier orage qui encombrent sa marche, roule des eaux pures en ombreuses sous un ciel apaisé; ainsi débarrassé des phrases pompeuses qui ne disent rien, des images choquantes rendues en antithèses disparates, des faux brillants et du clinquant sonore, le poète se développe à l'infini, passe réfléchissant dans un tranquille mirage l'aspect des choses humaines et de la vie mortelle, en revêtant des idées sublimes d'une irréprochable forme.
Victor Hugo peut s'arrêter ici et mesurer du regard le temps passé et le chemin parcouru.
Fac-similé de la première partie du manuscrit de Victor Hugo, «Les Misérables».
Fac-similé de la première partie du manuscrit de Victor Hugo, «Les Misérables». Crédits photo :
D'abord religieux et royaliste, il chante les vierges de Verdun, le sacre de Charles X, la mort de Louis XVII sur une lyre harmonieuse et d'une voix jeune et pure; puis il se tourne du côté de l'Orient, dont il redit les chants colorés et les poétiques souvenirs, déjà plus emporté et moins maître d'une inspiration plus puissante; ensuite, il se lance en pleine mêlée et dans le courant des passions et des luttes modernes; il chante ses tristesses et ses combats, ses passions et ses espérances, les douleurs et les gloires de la patrie; souriant de temps en temps aux enfants qui passent, promenant ses doigts puissants sur les cordes attendries et sur les cordes d'airain. C'est alors qu'il roule, comme le Pactole, les cailloux, la fange et l'or pur; son génie s'augmente et son goût s'altère. Puis, il vogue en plein moyen âge; il y déploie ses ailes; il s'éprend du passé, qu'il retrace dans des abrégés d'une poésie incroyable et d'une vérité passionnée. Il crée des types qui sont demeurés: Quasimodo, Esmeralda, Phœbus, et ce prêtre, entraîné dans les révoltes de la chair et les tempêtes des sens, dont la figure désolée passe encore devant nous dans la magie des rêves et les lointains du souvenir.
J'imagine que Victor Hugo a voulu, comme contraste et comme expiation, nous montrer, après l'archiprêtre de la grande cathédrale, ce prélat vénéré de son dernier livre, qui répand sur les misérables les trésors de son amour et de sa charité sans bornes.
Enfin, célèbre, populaire, n'entendant plus monter jusqu'à lui que les vagues d'une immense flatterie, et cessant de prêter l'oreille à la voix de la critique, qu'il méprise, et aux conseils d'une raison qui lui pèse; il s'isole, il se drape, il s'écoute, il se pose en prophète et en inspiré; il devient mystique, incompréhensible, apocalyptique et sibyllin! Il transforme les éternelles vérités en gigantesques extravagances; il explique l'histoire, renoue la chaîne interrompue des âges, donne Voltaire pour le successeur direct du Christ, entre dans les conseils de Dieu et daigne être indiscret.
Il faut bien noter, quelque tristesse qu'elles inspirent, ces aberrations d'un si grand esprit; elles laissent dans les volumes dont nous nous occupons un long et douloureux sillon; seulement, au sortir de ces hallucinations, le poète n'a perdu ni sa voix, ni sa puissance, et l'homme y a contracté une douceur attendrie. Il se prend d'une ineffable tendresse pour ses frères engagés dans la bataille de la vie; il les relève, il les exhorte, il les bénit, il leur prodigue les consolations que lui dicte son propre malheur, et sachant bien souffrir, il sait aussi plaindre.
Il ne distinguera pas. -Qu'importe? Il aura la même pitié pour le fils de Cartouche que pour le royal enfant dont il a pleuré le douloureux martyre; il jettera à la société, qu'il fait responsable des souffrances de ses membres indignés ou révoltés, un avertissement sinistre et comme un cri d'anathème. Il voudra réformer les Codes, oubliant qu'on ne peut changer les hommes; il demandera la suppression du bagne, comme il a demandé le silence de l'échafaud, et volontiers il fera le procès au juge qui applique la loi, plutôt qu'au misérable qui la subit. Couvrant l'énormité des fautes sous le pardon d'un Dieu dont il se croit l'interprète, ne prouvant rien parce qu'il ne veut rien céder, outré, excessif, violent, mais convaincu, il poursuit sa route, déblayant les obstacles sans jamais les tourner, et poussant devant lui un amas d'idées généreuses et de sublimes erreurs.
En somme, ce livre est d'un grand effet, et l'homme d'un grand spectacle.
En ces temps de disette littéraire, où l'on ne voit que des pygmées se haussant sur des productions malsaines; où les libraires ne mettent en vente que des romans boiteux, des ébauches mal venues; où la critique sérieuse se jette dans le passé pour y pâturer librement, où chaque jour, au bas des grands journaux, s'escrime, férule en main, ce Sancho mal pensant d'un don Quichotte vantard; c'est une rare bonne fortune, et c'est un vrai bonheur que l'apparition de ce livre, venu au milieu du silence, commandant l'attention, appelant l'examen, forçant au respect, faisant une superbe trouée au milieu des publications obscures qu'il livre plus vite à l'oubli, et jeté parmi nous de si loin et de si haut par un grand homme malheureux.
Ovide exilé suivait d'un œil attendri le voyage de son livre jusqu'à cette Rome, dont il se sentait si loin, et qu'il ne devait plus revoir. Ainsi doit faire l'auteur des Misérables! Mais, s'il vit loin de nous*, avec nous son âme et son génie, et s'il souffre toujours, il travaille encore.
Par Colombine
* Victor Hugo est exilé depuis le coup d'Etat de Napoléon III en décembre 1851. Il s'installe d'abord en Belgique puis à partir de 1855 à Guernesey. Son exil dure plus de vingt ans.
Le texte est republié en conservant l'orthographe de l'époque.